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Musée Albert Kahn, les archives de la planète
2 novembre 2015, par b-sider

Le musée Albert Kahn possède une des plus grande collection d’autochromes : les archives de la planète", un fond documentaire financé par le banquier Albert Kahn entre 1909 et 1931. Dans l’esprit d’Albert Kahn il s’agissait d’accroître notre perception du monde et la pacifier en collectant des images, fixes et animées, de l’humanité. Confiée à Jean Brunhes, géographe inquiet et pressé de fixer ce qui peut encore l’être des sociétés en mutation accélérée en ce début du XXe siècle, la machine à enregistrer devait trouver l’équilibre entre deux pôles : altérité d’un côté, nécessité scientifique de l’autre.
On ne peut s’empêcher de s’interroger sur le choix technique de l’autochrome. Au début du XXe siècle les techniques de la photographie ont fait d’énormes progrès. Les supports sont sensibles et précis, les objectifs sont anastigmats et corrigent les aberrations sphériques, les pellicules peuvent être en rouleau pour des prises de vue rapprochées. Les autochromes, commercialisés à partir de 1907 par les frères Lumières, sont des plaques de verre fragiles de 9X12cm. Ils ont une faible sensibilité qui interdit l’instantané (4 à 8 ISO) et leur netteté est juste correcte. Dans ce contexte, le choix des autochromes pour réaliser des missions photographiques à l’étranger peut être qualifié d’idée saugrenue, ou plus civilement « d’entreprise téméraire ». Officiellement, c’est le résultat d’une division du travail : la couleur pour la photographie et le mouvement pour le cinématographe.

Pourtant, si les autochromes sont des épreuves uniques que l’on ne peut pas reproduire en masse contrairement au noir et blanc, ils possèdent une qualité que l’on retrouvera plus tard avec les diapositives : on peut les projeter.
Dans la restitution des images, « les archives de la planète » se situent à un moment de concurrence entre ce que Laurent Gervereau nomme l’ère du Papier (1848-1916) et l’ère de la projection (1916-1960) . La même année que les premières missions photographiques des « archives de la planète », les projections d’actualités cinématographiques, les « Pathé faits divers » font leur apparition. En 1910, de nouveaux journaux illustrés de photographies paraissent en France : « L’Excelsior tout en images » et « Le Miroir », l’hebdomadaire photographique du Petit Parisien.
Jean Brunhes projette « les archives de la planète » pendant ses cours de géographie humaine et chaque année, la Société autour du Monde organise une grande projection d’autochromes. La préoccupation de la restitution a donc certainement joué un rôle important dans le choix des autochromes pour la constitution de ce fond documentaire : « La photographie stéréoscopique, les projections, le cinématographe surtout, voilà ce que je voudrais faire fonctionner en grand afin de fixer une fois pour toutes des aspects, des pratiques et des modes de l’activité humaine dont la disparition fatale n’est plus qu’une question de temps ». [1].

http://www.albert-kahn.fr/
Albert-Kahn, musée et jardin départementaux
10-14, rue du Port 92100 Boulogne-Billancourt
Standard : 01 55 19 28 00

[1] Albert Kahn, janvier 1912