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3 avril 2012, par b-sider

Un web documentaire réalisé par Mehdi Ahoudig et Samuel Bollendorff pour la fondation abbé Pierre.

"Ce qui était important, c’était de montrer que de plus en plus de gens peuvent basculer dans le mal-logement, que le rêve d’une France de propriétaires n’est pas si simple, et qu’il crée aussi de l’endettement et de la précarité. La réalité, ce que notre pays, censé être un pays riche, se montre incapable d’assurer des conditions de vie dignes à plisseurs millions de ses concitoyens. On touche là au socle, à l’idée du bien. C’est là que comprend que le modèle sociétal est en péril."
Samuel Bollendorf

Depuis la réalisation de voyage au bout du Charbon produit par Honkytonk films en 2009, Samuel Bollendorf est considéré, en France, comme l’initiateur du web-documentaire.
Membre fondateur de l’œil Public, il appartient à une génération de photographes qui a repris à son compte le statut d’auteur que les photojournalistes de Magnum, mais surtout de Viva, avaient réussi à faire valoir. Sa Photographie, tout en appartenant bien à cette grande famille hétérogène du reportage, celle qui interroge le réel, possèdent ces petits écarts, ces petits décalages qui permettent de sortir des codes usés de la photographie de presse. Les membres de l’Oeil Public ne se sont jamais cachés derrière une prétendue objectivité de l’information « photographique » et ont toujours prolongé leur travail pour la presse par des livres ou des expositions qui nous montrent une éthique mais aussi des images qui retrouvent l’autonomie qu’elles avaient perdue dans l’espace du magazine.

Dans à l’abris de rien, Samuel Bollendorf a travaillé avec la fondation Abbé Pierre sur le logement la précarité en France. Un sujet de société difficile à maintenir sur le fil entre la brutalité de l’information et la sensiblerie humaniste. Dans ces circonstances, Bollendorf réussit toujours à être juste. On n’échappe pas à la morale mais c’est tant mieux : qui voudrait qu’un tel sujet soit traité par une distanciation indifférente ?
L’utilisation formelle du multimédia pour partager cette préoccupation de la fondation Abbé Pierre pour les mal-logés est peut-être moins juste. On sait que le maître mot des producteurs et des diffuseurs de web-documentaires est la « délinéarité », la délinéarisation ?... bref la suppression de la narration linéaire du film documentaire classique. Il ne s’agit pas seulement de briser la chronologie du récit mais aussi d’offrir au spectateur la possibilité de créer sa propre histoire en faisant des choix (des clics) de parcours à l’intérieur des documents visuels, sonores et textuels qui lui sont proposés dans l’enveloppe du web-documentaire. Pour que cette dé-linéarité fonctionne, il faut qu’elle trouve sa cohérence dans le sujet et sa forme au risque sinon de ressembler à un empilage d’informations dans lequel l’internaute doit trier. On comprend ici que si ces nouveaux objets veulent renouveler l’espace-temps hérité du théâtre et de la peinture il faut qu’à chaque fois, en fonction du sujet, un rapport à l’image, au son et au texte soit inventé pour sa réception mais aussi dans les connexions qui opèrent entre ces 3 médias ( 4 en différenciant la photographie et la vidéo).
Dans à l’abris de rien il y des moments forts (comme celui de « la petite fille à la bicyclette ») qui nous accrochent à l’histoire de ses parents et leur maison. Mais au fil de la navigation on perd notre capacité à écouter ou voir. L’accumulation des témoignages qui fonctionne dans un livre que l’on quitte, reprend, re-lit et relie, ne semble pas être adapté à ces nouveaux objets que sont les web-documentaires. Il faut peut-être ajouter que dans cette ré-invention de l’espace-temps de la narration, il faut beaucoup de moyens techniques dans la machinerie informatique pour qu’elle n’apparaisse pas comme un simple reformatage ou un simple exercice esthétique. La création d’un web-documentaire est soumise à la fragilité financière des nouveaux médias.
A l’abris de rien reste un bon documentaire, mais juste un documentaire.

à l’abri de rien