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18 décembre 2010, par b-sider

La série « still life » de Rodrigo Abd qui accompagne l’article sur Wikileaks dans le numéro de septembre du Mensuel (le Monde) possède une grande partie des attributs du style documentaire. Cadrage frontal d’une mise en scène préexistante, distance et respect du sujet, absence d’effets et subjectivité de l’auteur dans le choix et la cohérence de la série.

On peut y retrouver l’ambiguïté des photographies documentaires dans la dualité entre les traces du réel, ici le quotidien des soldats américains sur les bases d’Afghanistan, et la subjectivité du photographe.
Mais, Rodrigo Abd, lauréat en 2005 d’un World Press, est un jeune photojournaliste argentin plus connu pour son travail aux couleurs sursaturées (overphotoshopées ?) sur des sujets liées à l’actualité et au faits divers que par un travail conceptualisé de documentation.
Que c’est-il passé ? En avait-il assez du rouge-sang ? S’ennuyait-il désespérément en attendant d’être « embeded » sur une mission avec de l’action ? A-t-il changé de style ?
Un article de MERRILL D. OLIVER AND DAVID W. DUNLAP dans Le blog « Lens » du NY.Times nous apporte quelques éléments de réponses en faisant le lien avec le texte de Jim Collins le chef du bureau d’AP à New York « Ses images décalées célèbrent souvent l’étrange d’une manière qui défie l’idée du spectateur de ce qui fait une bonne photo, sans pour autant ne jamais être trop loin de l’actualité. »
Cette explication de Jim Collins, sonne assez comme une justification de mettre sur le marché de l’industrie des médias, des photographies qui ne devraient pas être là : en dehors du formalisme du « story telling » pratiqué par la presse depuis les années 30, les photographies sont forcément décalées et défient la compréhension des lecteurs. Il évoque l’existence de ces photographies dans les « histoires d’actualité » comme étant des ouvertures anecdotiques, point d’entrée de sujets plus vastes.
Patatra : la théorie d’une photographie qui prendrait a son compte la simplicité et l’efficacité d’un réel sans autobiographie triviale ou métaphore douteuse tombe à terre ; si l’on en croit les vendeurs de ces photographies, le travail de Rodrigo Abd n’a pas cette origine.
Plus troublant encore, dans le même texte, Jim Collins nous raconte la genèse de cette série.
On apprend que Dusan Vranić, le responsable de l’Afghanistan pour AP à aidé Rodrigo Abd à faire le choix des photographies pour cette série qu’il trouve « poétique ». Repatatra ! : La série est le banal résultat d’un travail d’éditorial d’agence et non la volonté consciente du photographe.
Rodrigo Abd aurait-il fait du style documentaire sans le vouloir ?
Si le support gouverne effectivement les images, s’il leur assigne des fonctions précises d’illustration, d’information, de message commercial ou d’objet d’art, on aimerait croire que les photographes en maîtrise au moins une partie au moment où les affaires de retouches excessives font débat.