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höfer
26 mai 2011, par b-sider

Candida Höfer est née en 1944 à Eberswalde en Allemagne.
De 1964-1968, Candida Höfer étudie à la Kölner Werkschule. De 1973 à 1982, elle fréquente la Kunstakademie de Düsseldorf, d’abord pour des études de cinéma avec Ole John (1973-1976), puis de photographie avec Bernd Becher (1976-1982).
Dès ses débuts, dans les années 1970, Candida Höfer s’intéresse aux espaces publics qu’elle vide de toute présence humaine. Ces lieux ne sont pas choisis au hasard puisqu’ils symbolisent la culture universelle encyclopédique tels que les institutions culturelles (musées, bibliothèques, archives) ou les édifices publics (églises, opéras) habituellement emplis de visiteurs. Son attention se porte essentiellement sur la dimension spatiale de ces lieux.
Avec détachement et objectivité, elle rend à chaque espace une tout autre perception.

Extrait du catalogue de l’exposition de 2006 au Louvre
texte de Marie-Laure Bernadac,Conservateur général, chargée de mission pour l’art contemporain au Louvre

"Les photographies de Candida Höfer, vidées de toute présence humaine, sont à première vue silencieuses. Et pourtant, elles appellent fortement le spectateur et parlent indirectement, par l’intermédiaire d’un langage plastique articulé sur des dominantes de couleur, des schémas formels et une analyse rigoureuse des volumes intérieurs. Elles rendent compte de façon magistrale et quasi magique de la puissance d’une architecture, de la magnificence du décor peint ou sculpté, et restituent, malgré (ou grâce à) l’absence du public, la fonction première d’institutions culturelles, telles que musées, opéras, bibliothèques, qui sont devenues depuis une dizaine d’année son motif de prédilection. Ces lieux publics sont les gardiens d’un savoir encyclopédique, d’une mémoire, d’un passé disparu, et en même temps des lieux de plaisir esthétique, de loisir ou de méditation. Le secret de l’efficacité et de la beauté de ces images tient sans doute à ce paradoxe entre la présence et l’absence, entre le dépouillement, la clarté de l’image et le mystère qui s’en dégage. Candida Höfer parvient, par la maîtrise et la justesse de sa prise de vue, à dresser un portrait fidèle de ses modèles architecturaux.

Elle ne se considère pas comme une photographe-archiviste inventoriant les lieux publics culturels, mais comme une artiste qui tente de restituer l’impression première que lui ont laissée ces espaces désertés. Après avoir déjà photographié de nombreux musées, elle s’est attachée au vaste univers que constitue le Palais-Musée du Louvre. Si elle connaissait bien l’ancien Louvre, elle a redécouvert pendant ce travail de commande les espaces anciens et nouveaux du Grand Louvre. L’ensemble des galeries de peinture et sculpture qu’elles a sélectionnées, sont le résultat de plusieurs visites faites le mardi, jour de fermeture. Cette série d’une quinzaine de photographies (neuf sont présentées dans l’exposition), permet de couvrir un des éléments essentiels de l’histoire du palais et une spécificité de l’architecture muséographique, la galerie. On voyage ainsi dans le temps, de la galerie d’Apollon du XVIIe siècle à la nouvelle salle de la Joconde récemment aménagée par Lorenzo Piqueras, en passant bien sûr par l’axe central du Louvre, la Grande Galerie, puis les galeries Daru, Melpomène, Michel-Ange, la salle des Caryatides, la galerie Marie de Médicis de Rubens, les salles rouges du XIXe siècle… (…) Par le choix du thème de la galerie, la voûte en berceau plus ou moins cintrée devient ainsi le motif récurrent, le signe caractéristique de ces images. Elle creuse en profondeur la vue, comme si le regard pouvait s’engouffrer dans un tunnel à perspective infinie. Généralement, les oeuvres, tableaux accrochés sur les murs ou sculptures sur socle, placées sur les côtés laissent un grand vide central et un espace déambulatoire incitant à la promenade. (….)

La série des galeries du Louvre s’inscrit peu après le travail réalisé sur l’Opéra de Paris et les églises brésiliennes. Tous ces édifices se caractérisent par des décors flamboyants. Mais le travail premier de Candida portait sur les lieux banals et délaissés comme les bureaux, les cantines. Elle aime voir l’envers du décor et la vie quotidienne cachée derrières ces brillantes façades. La série des Bibliothèques dressait l’inventaire des savoirs, rangés, classés, dans des étagères sans fin de livres aux tranches diversement colorées. Lorsqu’elle aborde le musée, Candida se laisse aller à sa première impression. Ici elle photographiera des caisses d’emballage, là des oeuvres laissées au sol, ou en cours d’accrochage, ailleurs uniquement l’espace vide.

Le Louvre grâce à elle retrouve son pouvoir magique de lieu habité par l’histoire et par l’art. Grâce à cette symétrie rigoureuse, le regard du spectateur est conduit au coeur de l’image photographique. Un autre espace imaginaire s’ouvre alors devant lui."

Marie-Laure Bernadac - Conservateur général, chargée de mission pour l’art contemporain au Louvre