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quelles vies !
9 avril 2011, par b-sider

Galerie Faits et Cause
Du 16 mars au 21 mai 2011
58, Rue Quincampoix, 75004 Paris
tél : +33 1 42 76 01 71 / +33 1 42 74 26 36
malika.barache@pqev.org
13h30 à 18h30 du mardi au samedi inclus

Il est bon de se souvenir qu’il existe des pratiques de la photographie documentaire en marge des voies canoniques du photojournalisme. Une de ces contre-allées a été empruntée par Olivier Pasquiers. Son exposition « Quelles vies ! » à la galerie « faits et causes » du 16 mars au 21 mai 2011 est l’occasion de revenir sur une œuvre sociale, esthétique et politique qui s’est construite posément, en rupture avec la diffusion traditionnelle du reportage social.

L’usage par l’industrie des médias de documents photographiques supposés représenter la vérité a subi un total bouleversement depuis plus de 30 ans. La défiance du public, la pipolisation de la presse et la dénonciation de l’information spectacle en sont peut-être les marqueurs les plus flagrants. Si les photographes reporters assument désormais pleinement de produire du réel, d’être des « auteurs » on assiste par ailleurs, au renouveau d’intérêt pour une photographie documentaire qui condense une exigence éthique avec une esthétique qui s’affranchie de la performance photographique qu’exige le photoreportage.
Si les photographies d’Olivier Pasquiers apparaissent comme faisant pleinement partie du débat contemporain sur les sens et les vérités que peuvent produirent les images, c’est sans doute que ces interrogations n’ont cessé d’être la préoccupation de cet auteur par ailleurs inquiet de sa propre pratique. En 1992, un an après son entrée dans le collectif de photographe « le bar Floréal » son exposition « La photographie que j’aime », présentait une série de portraits grand format de personnes tenant face aux spectateurs leur photographie préférée. Il s’agissait déjà d’installer un dialogue entre la photographie de Pasquier et celle des autres.
Dès 1972, l’agence VIVA avait redéfini la pratique de reportage social en revendiquant la subjectivité pour sortir de la relation classique entre les photographes, la presse et le public . Dans le prolongement de VIVA, le bar Floréal a contribué dès 1985 à rendre les frontières de la photographie documentaire encore plus floues en exposant les photographies sur le lieu même des prises de vue plutôt que de leur assigner le rôle traditionnel d’illustration de la presse. Dans un livre consacré aux 20 ans du Bar Floréal, Françoise Denoyelle présente les débuts de l’aventure collective comme un manifeste : « La photographie, au-delà du document, fonctionne comme une prise de parole à entrées multiples. Plus que de « prendre » des photographies il est urgent de les « restituer » dans un dialogue, un échange avec ceux qui ont participé à la démarche du photographe. » . Cette responsabilité du photographe dans la transmission au public résonne, ou plutôt entre en vibration dès la conception des projets mené par Olivier Pasquiers. Pour évoquer cette influence Olivier Pasquier insiste sur les connivences qui unissent les photographes du bar Floréal avec les graphistes de Nous Travaillons Ensemble pour appréhender un projet dans sa globalité « Imaginer des pistes de restitution, s’interroger sur la manière de montrer au-delà de l’immédiat documentaire tout en étant dans la réalité, c’est peut-être cela l’esprit du bar Floréal. »
Comment photographier la précarité dans notre société sans être responsable de la restitution de ces vies déchirées ?
C’est sans doute un des points essentiels dans le travail d’Olivier Pasquiers. Mais bien avant cette restitution, en amont, un lent travail d’échanges et de confiance s’est installé entre Olivier Pasquiers et les personnes qu’il photographie. Dans ces « portraits négociés », il s’agit avant tout que ces hommes et ces femmes en marge du visible puissent être digne. Cette responsabilité du photographe se retrouve renforcée, lorsque les textes rédigés par les modèles eux-mêmes accompagnent les images et traduisent la complexité de l’exclusion. Dans cette association, qui peut être un partage, la photographie ne tient plus son rôle habituel. L’approche sociale, esthétique et politique d’Olivier Pasquiers place la photographie dans un réseau de liens entre le photographe, les photographiés, des médiateurs et un public. C’est sans doute pour cette raison qu’elle bouleverse la façon dont chacun d’entre nous s’en empare. Mais elle reste néanmoins dans la continuité d’une photographie documentaire qui en France, a toujours été éclipsée par l’aura du photojournalisme. C’est une autre manière pour Olivier Pasquiers d’être fidèle à une tradition en marge du courant principal. Si la pratique du « story telling » pour les publications de Vu, Life ou Newlook, a constitué le mythe du photoreportage dès les années 30, il y a bien au même moment une « esthétique documentaire » qui ne cherche ni les images à la sauvette, ni les histoires préfabriquées et permet d’une certaine manière, aux personnes photographiées de maîtriser leur image par la frontalité et le respect d’une certaine distance.
Cette photographie qui semble parfois disparaître des écrans radar, continue sereinement à faire œuvre, et trouve toute sa cohérence dans le déplacement de la photographie qu’opère Olivier Pasquier, au milieu de la communauté.

Hervé DEZ

Olivier Pasquiers présente
quatre séries photographiques.

LES OUBLIÉS DE GUERRE : Ils sont une trentaine d’anciens combattants marocains de l’armée française à résider dans les deux foyers Sonacotra (ADOMA) de Beauvais. Âgés de soixante-dix à plus de quatre-vingts ans, ils sont arrivés en France à partir de 1999. La plupart, pour la première fois...
 PREMIÈRE PAYE : « J’ai donc photographié les personnes qui ont accepté de participer à ce projet et j’ai noté en un texte court les souvenirs : premier atelier, premier argent. Cette première paye qui était sans doute pleine du rêve d’une vie d’adulte naissante. »
MAUX D’EXIL : Cest un travail réalisé à l’initiative du COMEDE (Comité Médical pour les Exilés, le Kremlin-Bicêtre) sur les personnes contraintes de fuir leur pays avec des témoignages recueillis par Jean-Louis Lévy, écrivain et médecin fondateur du comité.
NOUS...NOTRE CORPS : réalisée dans le cadre d’un projet culturel mené par la Maison de la Solidarité de Gennevilliers : Les participants choisissaient une photographie, pas forcément la leur : qui les inspirait. C’était le point de départ de l’écriture. Au fil des semaines il y avait de plus en plus d’images de fragments de corps mis à disposition et chacun pouvait donc écrire.